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DE LA DIVERSITÉ
ÉCONOMIQUE À LA DISPARITÉ SOCIALE
Les soubresauts
de notre société montrent qu’il reste beaucoup à
faire pour nourrir, instruire et employer tous les enfants de la patrie.
Pourtant la France est riche d’un tissu économique diversifié,
à la fois cause et conséquence de la diversité sociale.
En haut, en bas, aux niveaux intermédiaires de nos pléthoriques
structures publiques, les consultations électorales mettent en concurrence
un interventionnisme aussitôt tempéré par les réalités
et un libéralisme bien vite contrarié par les rêves.
Alourdi par les berniques administratives, le vaisseau national tire des bords
entre récifs, icebergs, épaves et autres bateaux ivres.
Nationalisations, privatisations, économie mixte, fusions encouragées,
éclatements recommandés, économie administrée, laisser
faire, renoncements, abandons, soutiens, relances, nous avons tout essayé.
Nous changeons de cap avant même que les gouvernes aient eu le temps de
réagir aux ordres des précédents capitaines.
Les médias, leurs courtisans, leurs têtes de turc, ne pensent qu’à
changer d’équipage. Le grand jeu du « qui remplace qui ?»
est un vecteur de publicité à destination du citoyen avide des
succès et insuccès des grands et petits « géants
de ce monde ».
Des entreprises nées du temps du colbertisme survivent dans certains
de nos grands groupes. Des colosses nés des nationalisations ont été
privatisés. Des petites structures viables ont été absorbées,
regroupées, fusionnées. Des opulentes ont éclaté,
ont été démantelées, se sont volatilisées.
Dans ce canal historique sont venus appareiller les vaisseaux nés de
l’industrialisation et des conquêtes bourgeoises du XIXème
siècle. De bonnes vieilles « maisons fondées en 1884 »
naviguent toujours avec prudence et détermination. D’autres se
sont perdues dans les grands chambardements des deux guerres mondiales.
Au XXème siècle, l’exode rural, l’urbanisation l’automobile,
les transports aériens, l’électroménager, les télécommunications,
la télévision, l’informatique ont fait naître des
entreprises nouvelles qui ont bouleversé l’industrie, révolutionné
les activités tertiaires, donné un formidable élan à
ce qui est devenu l’industrie du spectacle, de l’information, du
tourisme
La diversité des résultats est au bout du parcours du navire aux
mille feuilles de route.
Cela nous donne le sentiment d’avoir des entreprises de toutes origines
de tous âges, de toutes tailles, de tous secteurs d’activité.
Mais le pas est vite franchi entre la diversité féconde et la
disparité riche d’embarras.
Nous en sommes aux embarras. Car les embarras digestifs menacent les voraces.
Malgré tous ses efforts et ses appétits, le management ne parvient
jamais tout à fait phagocyter les anciennes structures. Comme il subsiste
dans le cerveau de l’homme des traces du cerveau archaïque du serpent,
il reste dans les entreprises des méthodes, des structures, des procédures,
des travers, provenant des entreprises génitrices. Il ne suffit pas de
changer un nom, un logotype, un organigramme, quelques têtes, pour que
le ci-devant usager devienne un client. Les mauvaises habitudes se transmettent
plus facilement que les bonnes. Il ne suffit pas d’un changement de nationalité
pour que des immigrants cessent des pratiques d’autres temps et d’autres
lieux, confinant à la barbarie.
Sans crier gare, la télévision passe des quartiers de noblesse
aux quartiers des banlieues défavorisées, des sommets de la Bourse
à la platitude des bourses des ménages. Elle montre les disparités
culturelles qui sous-tendent les disparités économiques et sociales.
Elle donne aux défavorisés l’amertume de leur défaveur
car l’envie est un sentiment très humain. Elle laisse dans l’ombre
le travail qu’il fallut cumuler, sur soi et sur tant de générations,
pour atteindre le niveau socioculturel acolyte de la prospérité.
Les favorisés ont bien d’autres loisirs que la télévision.
Ils ne sont pas en posture de bien percevoir la misère. Il est humain
qu’ils soient peu enclins à mettre en péril leur confort
pour y porter remède.
La diversité est bonne en soi. Il faut l’agiter, mais avec modération,
avant de s’en servir.
Pierre
Auguste
Le 9 juillet 2008
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